mardi 7 mars 2017

Publication: Ad libitum de Dom Corrieras





Ad libitum de Dom Corrieras
Collection "Les poètes d'à côté"
Préface de Claude Billon
Editions Bazart Poétique

Paru le 07 mars 2017

N° ISBN  978-2-9560158-0-2

Prix: 13 euros
(Pour se procurer le recueil: envoyer un chèque de 15 euros à Editions Bazart Poétique, 8, rue Hébert, 92140, Clamart)
La vente sur internet est en cours de réalisation.

Une RECONTRE avec l'auteur est prévue le Samedi 8 Avril 2017























Extraits:

Juan-Les-Pins

Combien de chances
Sur cent million d'hommes
La mer à Juan-Les-Pins
Voit passer des trains
Trop de bleu
Dans les vagues
Si aujourd'hui je déraille
Demain pourra m'éteindre

Juan-les-Pins 2007

Mur

Ils atteignirent ensemble le mur du son.
Elle et lui collés l'un contre l'autre.
Elle dans la position du cochon truffier
Et lui dans celle du motocycliste plutôt pressé.
On voit le tableau.
Lui et elle face au mur du son.
Encore un petit cri Madame et le mur sera franchi.

Toulouse-2015










jeudi 2 mars 2017

Chanson, Par Christian Deudon

















Chanson

"Le château et la châtaigne ont bien le chapeau sur la même oreille"

Le vieux fume sa pipe sans faire la grimace
Il mange sa soupe de limaces
Il meurt en haut sur la colline
Aux papillons qui butinent

Il contemple sa nouvelle vie
Syncrétique à l'envie
Et inverse la tendance
En donnant son sang à la vie
Au rendez-vous du saut de l'ange

Un effort inutile est une peine perdue
Sans effort les mots ont échu
La seconde tenue ne tue pas la présence
Nichée dans le giron de l'enfance

Mais je prends la plume pour libérer les mots
Le doigt sur la détente du stylo
Pour supprimer la phrase en trop

Christian Deudon
Cœur Satellite, Editions du Petit Véhicule, 2013

dimanche 19 février 2017

Musique d'ombre, par François Teyssandier


















Musique d'ombre

La musique de l'eau
Ploie l'ombre hâtive du ciel
Vers l'oeil du torrent
Glisse sur ton corps
Qui se dévêt de ses muscles
Et pénètre dans tes os
Comme un feu de sèves amères
La nue creuse la peau
De ton visage qui s'aiguise
Et se déchire aux angles acérés des pierres
Dessèche tes lèvres closes
En un bruit sec de givre
Parmi de lointains échos de vent
Ta voix rompt le silence
Abrupt des jardins
Ton pas s'alourdit sur la grève
Qui s'éloigne au soir vers d'autres rives
Tu vis par l'écriture du feu
En ce lieu désert privé d'âme
Qui est semblable à la terre
Et de même poids dans tes mains
La flamme ardente du songe
- Ecume et mort solaires -
Circule comme un acide dans tes veines
Et brûle tes yeux ouverts
Sur la nuit obscure qui devient
Vigile de ta voix près des sources
La mémoire des jours enfuis
Marche à l'encontre de tes pas
Comme de nouveaux paysages
Rassemblant parmi le feu des routes
Cette floraison de mots et de signes
Qui sculpte l'ombre dans chaque visage
Arbres de chair vive
Et de paroles nomades
Qui volent la nuit sur les pierres
Blanches du sommeil
Et étirent leurs branches nues
Autour des lampes qui s'éteignent
Dès l'aube sur le seuil

François Teyssandier

vendredi 10 février 2017

Lumière noire de Rimbaud, Par Yann Orveillon
























illustation F.Maaouia



Lumière noire de Rimbaud


Site pliocène de l'Hadar,
dépression de l'Afar,
le long du fleuve Awash,
nord-est de l'Ethiopie.

Elle est au point milieu
de la faille du rift.
Elle est au point focal
où pulsionne l'esprit.
Debout,
elle contemple
la matrice tellurique
d'où elle est née.

Lucie,
nue,
pétrie d'Afrique,
son corps est lumière noire.

Lucy,
symphyse pubienne fracturée,
alors le coquillage
des mains croisées
protège le sexe.

La dramaturgie humaine
est en marche.
Elle regarde intensément
les hauts plateaux.

Sait-elle déjà
a des millions d'années
qu'elle guette
un homme
aux étranges yeux bleus?
Elancé,
farouche, dur et tendre,
on l'appellera
Rimbaud-l'éthiopien
l'homme aux semelles de vent.

Yann Orveillon
1941-2011
Extrait de Elle, ou "LE CORPS ARCHITECTE"
Ed. Les Voleurs de Feu / Al Laerian Tan (2003)
Repris dans" La Voie des Autres, N° 4, Mai 2010

jeudi 9 février 2017

Fermé! par Rezki Rabia : trad. KR























Fermé!

Ses mains sur le piano
Sa tête en vadrouille dans les étoiles
Poème il est devenu
Et elle... une musique

Brulés par le même tison
Qu’eux même ont inventé
Cendres ils sont devenus
Dispersées dans le ciel

Dans le coin du bistrot
Il ne reste que le piano
Dessus, un bout de tissu
Il rêve de doigts qui jouent
On l’entend parfois pleurer
Dans la nuit obscure
N’arrivant guère à oublier
Le duo parti à jamais

Il ne reste plus rien
La porte du bistrot est close
Comme un patelin abandonné
Il deviendra fatalement
Les vents le squatteront
Les chiens pisseront dessus
Son adresse s’effacera
De tous les agendas des amis


C’est quoi au juste un bistrot ?
Une simple demeure
Et c’est quoi un piano ?
Un simple bout de bois
Ainsi diront les sans scrupules
Ils paieront cash
Pour en faire une agence de banque.

Rezki Rabia
Traduit du kabyle par Kader Rabia

lundi 8 août 2016

Comme écrit sur les lignes de la main ce plaisir enfantin / Par Kader Rabia



Zone d'ombre de Faouzi Maaouia 2016

(1)

A 7 ans
Un jour de Juillet à Bouzaréah
Avec mes deux pêches dans la poche
J’attends Nadou dans la cour de l’école
Je lui tends la plus grosse des pêches
Elle la prend en mordant sa lèvre inferieure
Nous mangeons les deux fruits jusqu’au bout des noyaux
Eclaboussant les alentours
Et jouant des mains à qui touche l’autre
emportés par une joie
trempée
dans
l’infinie
insouciance.

(2)
A 23 ans
Déambulant à la Casbah
En compagnie de Zhor
J’achète deux pêches aux Souk de la Mosquée des Juifs
Nous descendons vers la pêcherie
dessinant des rêves improbables
en dévorant des yeux l’horizon
Prête pour la bise inaugurale,
Elle cerne comme un peintre mon regard insistant
Et je m’amuse à humer son parfum
Oubliant mon fruit dans la poche

(3)
A 60 ans et plus
Je suis dans ma modeste demeure à Clamart
épluchant mes souvenirs
devant une table bancale
Deux pêches attendent dans une assiette
Prolongeant deux cafés sans sucre
Je les rapproche, attendant la suite
Et la voix de Nani ….
vient interrompre mes pensées vagabondes :
« Chéri, voila le couteau et….
N’oublie pas tes médicaments ! »

Kader Rabia 2016

dimanche 10 avril 2016

Je pourrais.... / Par Lila Boudjema



























Illus.Ed.Steichen, 1921


Je pourrais
la gueule ouverte et
l'estomac affamé le fleuve sauvage...
Te redescendre
Te regarder planter tes nuits
avec un peu de retard.
Je ne sais pas ce que je ne pourrais étreindre chez toi.
Peut-être la monotonie. ...
C'est monotone un homme qui s’efforce de me repousser.
Tu sembles dire embrasse-moi !
tu sembles seulement.
Il fut long le silence de ta chair
Tu connais le front brûlant de mes baisers et
ta tête que je renversais..
s'enfouissait épaissit par nos lèvres escamotées
et j'aimais là où le jour languit,
prendre toutes les rafales contre ma poitrine,
à l’intérieur de la terre, te serrer, parfum de cendre.
Je pourrais te reprendre te rendre fou mais pour l'heure
j'impose
mes humeurs mes discussions muettes lointaines perdues.
Une femme, vois-tu, rejette toutes les absences
regards bras voix peaux rires
Et toutes sont éternelles si tu n'es pas au bout.
Lila Boudjema

mercredi 9 mars 2016

J'ai rencontré Eve et Adam, par Abdelkrim Kassed (trd. Kader Rabia)




J'ai rencontré Eve et Adam

Je n'ai jamais songé qu'en revenant d'Abou L Khassib
(ce paradis oublié de Dieu),
j'allais rencontrer dans un bus Eve et Adam.
Assis exactement à mes côtés, à l'arrière du véhicule.
Elle dans sa 'abaya noire étincelante et lui avec sa koufié blanche pure.

Ils étaient propres
comme s'ils venaient juste de sortir du Hammam

Adam murmure..
Puis baisse le ton
A chaque fois que le bus s'arrête
Mais ses doigts ne cessent de jouer
Et dès que le son du jeu monte
Adam chante
Et Eve rit...
Parcourant de ses doigts la pomme de sa main tel un enfant
C'est alors que je détourne mon regard vers la fenêtre
Comme si je n'avais rien observé rien entendu
Et je me dis :
"Oh Adam
Tu me sembles un peu diabolique"

Il joue, Adam, il joue sa mélodie
Et moi je ris,
en mon fort intérieur, je ris

Et le pauvre transistor
Parle
A haute voix
Avec enthousiasme
Dans le bus à grande vitesse
D'une bataille
Survenue avant les Mille
Au quatrième siècle de l'Hégire

Abdelkrim Kassed
Bassorah, le 20 Janvier 2016
Traduit de l'arabe par Kader Rabia



vendredi 26 février 2016

"Pour toi l'arbre, des fleurs" par Fatima Maaouia

"Arbres" - Faouzi Maaouia

“Pour toi l’arbre, des fleurs...”

Quand l'eucalyptus,
Graines lait pollen Beauté et Liberté
Pleines d'Hannibal
A coulé, scié sous les forces du mal
Quand le lait du fier Itinéraire Lumière
Chevalier, Apôtre du Vert
Être Ancêtre, Saint d’Afrique,
Pour donner
Sans compter
Force, vitalité
Bien être
A toute la contrée
Et en sus
Ce qui ne gâche rien,
A tout le terrain
Un air, mine de rien
De Kahena et d'Ulysse...
A coulé sous le fer
Éclaboussant au passage
Le visage de la terre
Quand Mémoire Émasculée
Le lait...
Du juste et du grand sage
Qu'on pouvait toucher et humer
Qui par une sorte d’héritage
Protégeait, ombrageait
Et embellissait le paysage...
A coulé Égorgé
Sur le trottoir...
De canton en canton
Se remémorant Scipion
Tout Carthage,
Jet brûlé,
A pleuré


Les arbres...
Au lieu de s'occuper d'eux
On les sabre et coupe en deux
L'eucalyptus de Carthage
Saint patron des lieux ?
En passant
On lui doit bien une stèle passion
Comme à un dieu
De telle façon que le passant
Témoin du temps et du carnage
N'oublie pas un instant son sang
En passant

L'eucalyptus de Carthage
Elan Grand
Passionné d'Eole

Et de chants
Malgré le sel et l'abattage
D'âge en âge. ..
Sous écorce
Tout un symbole !
Déraciné de force
Du sol
Même Mort
Grandit encore
Plus, plus
Plus loin que Tunis
Dépasse
L'impasse
De l'oubli,
Fait école
Dans chaque esprit
Surpris
Essaime, fait des petits




Fatima Maaouia
24/02/2016